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Regarde comme c'est beau la vie
                             
                             
Des années, une vie
durant, nous nous efforçons d'amasser du mieux que la vie nous le permet
toutes sortes de trésors. Souvent, en cours de route, nous regardons en
arrière et sommes à la fois fiers et heureux du chemin parcouru. Mais
parfois il arrive que le trajet qui est derrière est encore parsemé
d'embûches que nous n'avons pu franchir. Sur certains de ces obstacles,
parfois y traînent des morceaux de cœur, des parcelles de nous qui
notre vie durant, nous ont alourdies les épaules et fait courber le dos.
C'est si difficile de vivre cette
existence en regardant derrière, mais nous y arrivons tous de peine et
de sang, de misère et de malchance, tous nous arrivons un jour ou
l'autre a la croisé des chemins. En ce lieu quelque part où il nous
faut faire le difficile choix de combattre, de s'accrocher et de ne pas
laisser tomber.
Parce que c'est ça la vie, faut bien l'admettre, s'accrocher et se
battre, jusqu'à ce que le temps de ne plus regarder en arrière soit
venu. Le temps où il nous est donné de regarder en avant et de n'y voir
qu'une lumière sombre en se disant c'est ça, c'est cela le bout de la
route, voilà ou j'en suis rendu.
Que faut-il faire, si ne pouvant plus regarder en arrière le
devant devient insupportable à voir ? Peut-il exister autre chose que
la fatalité, que le dur dessin d'un destin immuable?
Personne
n'est parfait diront certains, et ils auront raison. C'est mieux comme
moi, c'est mieux comme nous, c'est mieux comme eux la bas...
Tous auront la bonne route à faire suivre aux gens qui n'ont que peu de
choix. À ceux qui bêtement ont appris que le temps était venu de ne
plus regarder en arrière et ni en avant. Car à quoi servirait-il de
regarder en avant quand l'horizon n'est que douleur et incertitude. Quand
le malheur est notre quotidien. Alors le mieux à faire, si ne pouvant
regarder en arrière et souffrant de regarder en avant, est sans doute de
regarder autour de nous, de chaque côté. Pourquoi pas, puisque tant
de bonheur traîne ici et là. Les plus belles secondes, les plus
merveilleuses des minutes à vivre sont sans doute celles au bout de la
route. Celles qui caressent le cœur et l'âme tôt le matin. Celles qui
effacent le remord et clament le pardon. Celles qui de l'aube à la nuit
nous permettent de partager les plus beaux moments de bonheur avec les
gens qu'on aime. Ce doit être la plus cruelle des nouvelles d'apprendre
qu'une maladie grave nous ronge. Qu'un jour peut-être elle nous
enveloppera d'incompréhension et d'incrédulité. Non, il n'y a pas de
meilleur remède à ce tourment que de vivre pleinement le bonheur des
moments présents. Ceux qui chassent la rancune et se moquent de
l'amertume.
Le temps est venu je pense, de prendre le plus de mains possibles et de
leur montrer un peu de nous. Un peu de ces trésors enfouis en nous, de
cette richesse qui nous habite. Car c'est fièrement qu'il faut leur dire,
regarde, regarde ce que je suis maintenant, une personne heureuse.
Heureuse de vivre chaque seconde en sachant bien qu'au loin là bas tout
se bouscule dans l'ombre. Car c'est en brillant d'une belle lumière un
jour à la fois, que nous ne refermerons pas, mais ouvrirons la dernière
porte. Celle qui en s'ouvrant portera la voix des gens qu'on aime. Ceux
qui bien tendrement nous diront merci dans le plus sincère des je
t'aime: Regarde, regarde comme c'est beau la vie.
©André Julien
Février
2003
                             
                             
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