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Seule au monde
                             
                             
La violence conjugale
est à mon avis, l'une des pires choses à vivre pour celui,
mais généralement celle, qui en est victime.
Aussi, pour ce texte, je m'adresserai aux femmes et en particulier à ma
défunte mère,
une femme battue durant vingt et quelques années, je ne me souviens plus,
la première étant de trop de toute façon.
                             
                             
Il y a des images qui reviennent souvent
dans mon esprit,
jaillissant de mon coeur comme une vomissure insoutenable.
Je me rappelle ma mère en train de pleurer, des heures, des jours
entiers.
Je la revois encore aussi se tordre de douleur et supplier mon père de
cesser
de la frapper. Ces images quand j'avais quatre ou cinq ans ont fait de
moi un être
pas comme les autres.
Je n'étais pas un enfant comme les autres, non du tout. Ni mes trois
soeurs, ni mes deux frères.
Je me souviens de moi jouant sur la rue ou dans les ruelles de Montréal
comme d'un enfant
qui avait au coeur une torsion constante. J'arrivais à m'amuser avec mes
amis mais mon coeur
était toujours à la maison, vers ma mère qui me baignait de ses larmes
chaque matin
que je partais pour l'école. Souvent je refusais de m'éloigner de la
maison parce que je savais
que mon père n'était pas revenu de travailler.
Quand il n'était
pas là pour le souper, nous étions tous apeurés mes soeurs, mes frères
et moi. Nous savions qu'il était allé boire et, tremblant de peur nous
regardions notre mère inquiète.
Elle se dépêchait à nous donner notre bain et elle nous suppliait d'être
tranquilles à son retour.
Pour un rien, mon père pouvait tout casser dans la maison et pour un
rien il pouvait être
l'homme le plus gentil du monde parfois, même saoul.
À ce moment là ma mère essayait tant bien que mal de ne pas le
contrarier.
Il arrivait parfois que nous arrivions à nous coucher dans le bonheur.
Un court bonheur d'un soir
où mon père n'avait plongé personne dans le noir, mais ces moments là
étaient rares et très distants.
Nous étions six enfants dans une seule chambre de huit pieds par dix
pieds, six à coucher
dans deux lits et à n'avoir de vêtements que ce que les soeurs du
St-Nom-de-Jésus-Marie
voulaient bien nous donner.
Je me souviens de chaque soir où, caché derrière la porte de cette
chambre,
ou dessous un des deux lits, j'entendais mon père injurier et frapper ma
mère jusqu'à
ce que bien souvent nos cris et nos pleurs le fassent s'arrêter. C'était
horrible pour moi,
et pour les autres aussi. Aujourd'hui, j'en tremble encore et quand je
repense à tout cela,
ça me dégoûte. Ce n'est pas facile la vie!
Jamais facile et tous et chacun traînons sur notre coeur des blessures
qui ne guériront jamais.
Souvent, elles sont enfouies bien loin mais un jour ou l'autre elles
refont surface,
aussi douloureuses qu'autrefois.
Chaque fois que je vois à la télé , sur le net ou ailleurs de la
violence conjugale
tout me réapparaît.
Mes souvenirs sont parfois si douloureux que je voudrais hurler. Souvent
pour un rien je suis perdu dans mes pensées et je me morfonds dans le mystère comme
quand j'étais enfant.
C'est ça les traces qui ont été laissées sur mon âme. Mon " MOI " a été
brisé très jeune et
je n'en guérirai jamais je crois.
Mon mariage n'est pas pire que les autres je crois, nous avons eu nos
difficultés
mon épouse et moi, mais nous avons réussi à passer au travers, sans
violence car je ne
supporterai jamais toute forme de violence envers les femmes.
Mes enfants, mon fils et ma fille ont reçu de nous une bonne éducation
et nous en sommes
très fiers Sylvie et moi.
Alors , je terminerai cette brève pause sur ma vie en ayant une pensée
chaleureuse pour
toutes ces femmes victimes d'un conjoint violent.
Souvent, ces femmes qui se sentent seules au monde, tristement envahies par la
solitude d'un
épouvantable drame. Parlez-en !!!
Ne gardez pas dans votre coeur de si lourdes douleurs, parlez-en à vos
amis (es) et à vos
proches.... Ne cachez pas vos ecchymoses et votre peine, laisser sortir
de vous
ce qui vous reste d'identité. Dans chaque mère ou femme battue, il y a
un trésor que Dieu
a caché, une espèce de coffre rempli de sensibilité et de bonté.
Une immense capacité d'aimer, d'aimer ses enfants d'un amour
inconditionnel, quoi qu'il advienne.
La beauté d'une femme n'est
pas selon moi dans les vêtements qu'elle porte,
non plus dans ses bijoux ou le luxe, ni dans la façon de se coiffer et
de se maquiller.
C'est dans ses yeux je pense.
Les yeux, c'est la porte d'entrée du coeur.... On y voit le reflet de
l'âme et là est toute la beauté.
C'est par cette porte que les pleurs laissent des traces sous forme de
peine.
Par là aussi que chaque bonheur creuse des rides d'amour.
C'est sur les yeux d'une femme que les épaules s'appuient pour porter le
fardeau de la violence
conjugale.
Jamais mesdames, au grand jamais, ne laissez personne vous dénigrer. Vous
êtes toutes
des merveilles de la vie. Ne vous attardez point devant un miroir qui
ment.
N'écoutez rien de ce qu'il vous dit, car la beauté et la jeunesse est
dans vos yeux,
dans votre regard et sur votre coeur. La vie vaut la peine d'être vécue
sans un conjoint
violent qui brisera en vous et en vos enfants " l'espoir ". Partez,
éloignez de vous ce qui vous brime et vous brise le coeur. Demandez de
l'aide et vous ne
serez jamais seule, comme ma mère, seule au monde.
Les vrais amis sont ceux qui viendront vers vous pendant que les autres
s'éloigneront.
Prenez votre vie en main.
Celle de vos enfants aussi.
Vous méritez d'être heureuses,
parce que vous êtes merveilleuses.
©André Julien
2002
                             
                             
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