Mathurin et les trois poules
©Idée originale d'Alain Ferran
©Texte adapté par Stéphanie Rhodes
Trois poules décidèrent un beau matin d'aller vendre leurs oeufs au marché du village. Elles en avaient assez que le fermier, maître Pierre, les leur prenne, sans jamais leur donner la moindre piécette en échange.
Les trois poules se coiffèrent de leur plus joli foulard et réunirent la basse-cour. La plus âgée d'entre elles monta sur un grand panier qui se trouvait là et dit d'une voix puissante :
— Nous avons décidé d'aller au marché vendre nos oeufs. Que celles qui le désirent nous apportent leur ponte !
Aussitôt dit, aussitôt fait, les poules, à l'unanimité, apportèrent leurs oeufs que l'on mit dans un grand panier. Les trois poules, satisfaites de leur succès, remercièrent leurs compagnes, les assurant qu'elles vendraient leurs oeufs un bon prix. Mais le panier était si lourd qu'elles ne purent le soulever.
—
Si nous allions demander à Mathurin, l'âne du fermier, de nous
aider, suggéra l'aînée des poules. Il pourrait mettre le panier sur
son dos et nous lui ferions escorte.
—
C'est une très bonne idée ! approuva la seconde poule
—
Il faut aller le trouver dans le pré où il paît, dit la plus jeune.
Il n'y a pas une minute à perdre, si l'on veut arriver tôt au marché
!
Mathurin fut très content de recevoir de la visite et accepta de bon coeur d'aider les trois poules. Le panier fut posé sur son dos et il proposa de transporter aussi les trois poules. Mathurin était un petit âne gris, avec de grandes oreilles pointues et de beaux sabots noirs brillants. Il était toujours disposé à rendre service.
Ce jour-là, il galopa si vite à travers la campagne fleurie que les trois poules durent s'agripper bien fort à sa crinière, pour ne pas perdre l'équilibre.
—
Pas si vite Mathurin, dirent-elles en choeur, nous allons tomber !
— À moins que je ne m'envole, dit la seconde poule.
— J'ai le mal
de mer, dit la plus jeune. On se croirait sur un bateau pendant une
tempête, ainsi perchées sur le dos de Mathurin. Au secours !
—Oh!là!là !vous vous plaignez tout le temps ! Voulez-vous être oui
ou non au marché de bonne heure ?
— Oui ! dirent les poules en
choeur.
— Bon ! Au galop alors et taisez-vous, vilaines bavardes !
Les trois poules firent silence et se cramponnèrent fermement à la crinière de l'âne gris. Au bout d'un moment, Mathurin ralentit son allure et s'arrêta net devant un champ de beaux épis dorés.
—
On ne peut passer, c'est le champ de maître Hortic, le minotier,
dit-il.
— Qu'a donc de si particulier le champ de maître Hortic
qu'on ne puisse le traverser ? demanda l'aînée des poules.
— Il a
pourtant l'air d'être un champ comme les autres, dit la seconde.
— Je connais maître Hortic, dit la plus jeune. C'est un homme bon et
indulgent !
C'est alors qu'on entendit un murmure :
« Voici les poules
voleuses de grain de maître Hortic ! Elles dérobent le grain pour
faire de gros oeufs ! »
Les poules révoltées, commandèrent au
petit âne :
— Passe Mathurin ! N'aie pas peur. En avant !
Mais, à quelques pas de là, un bataillon d'épis hérissés barrait la route. Ils s'écrièrent, menaçants :
— Vous volez nos grains pour faire vos oeufs ! Nous voulons notre part !
Un peu à contrecoeur, les poules donnèrent quelques oeufs aux épis dorés, et l'on put repartir.